Les vibrations de Lx.one réveillent le papier


On est toujours surpris chez Creative Paper de voir comment le papier de création est un fil conducteur qui relie les hommes et facilite les rencontres avec des personnes de tous horizons. Au détour d’une intervention artistique dans une cour d’école à St-Jean-de-Luz (64) où il avait créé une immense anamorphose, c’est par hasard que nous avions découvert le travail de l’artiste Lx.one et ses vibrations. Plus tard, grâce au réseau d’un espace de coworking, nous avons appris qu’il travaillait également le papier. Cette fois-ci, le rendez-vous fut pris dans son bel atelier du Pays basque pour plonger dans son univers de lignes et de formes ultra graphique et terriblement vivant à la fois. Rencontre hypnotique où le pouvoir des vibrations vient prendre corps sur le papier.

 

Lx.one, les vibrations et… le papier

 

« On devine encore le design, mais à la fin cela devient du “ bruit graphique ”. » Lx.one

 

Chez Lx.one, les motifs abstraits de ses créations in situ (sur des façades, en forêt, sur le sable…) s’emboîtent naturellement. Mais ils ne s’arrêtent pas là. L’artiste les travaille, les oriente, les use de manière à obtenir un résultat qui va au-delà des lignes et de la forme : cet effet de vibration qui excite l’œil, joue avec lui, le fascine et le trompe à la fois. C’est là que réside toute l’obsession et la passion de Lx.one qui cherche pour chaque réalisation à faire interagir son univers avec le lieu où il le déploie. Lorsque son talent rencontre la surface plane du papier, un corps à corps s’opère à son tour pour réveiller ce support, lui apporter l’émotion vibratoire qui lui manquait. Le papier devient alors son terrain de création.

 

Pour comprendre le parcours et le processus de création si atypique de cet artiste, nous avons choisi de nous concentrer sur son travail sur le papier, peut-être plus discret que ses grandes fresques, mais pas moins impressionnant de maîtrise et de poésie.

 

Creative Power : Quelques mots sur votre parcours ?

Lx.one : Je ne possède pas de formation artistique à proprement parler. Je suis plutôt autodidacte. Lors de mes expériences professionnelles, j’ai été tour à tour ingénieur du son, gérant de magasins, designer textile… La règle, c’est qu’il n’y a pas de règle ! En revanche, ce qui m’a formé et me motive surtout, c’est de voyager, d’échanger avec d’autres gens. J’ai également la volonté de ne pas impacter la planète par mes activités, sans être pour autant un artiste environnemental, et de me mettre au service de causes qui m’importent. Enfin, depuis 2009, je fais partie du collectif international AOC (Agents Of Change) regroupant 13 artistes dont le point commun est de créer des œuvres qui font écho aux lieux où elles sont développées.

 

CP : Même si beaucoup de vos réalisations sont monumentales et in situ, vous tissez un certain lien avec le papier. Quel est le processus créatif que vous empruntez lorsque vous vous trouvez face à ce médium ?

Lx.one : Je pars d’un fichier digital, créé à partir d’une bibliothèque de symboles et motifs que je crée et décline à l’infini. Il est alors envoyé vers la machine (un plotter, machine destinée à l’origine à la découpe d’autocollants, au tracé de plans d’architectes…). Celle-ci commence à tracer les motifs sur le papier. Dès les premiers instants, le support interagit avec le feutre et crée une usure de la pointe du feutre qui continue à se répandre sur le papier. Mon design digital commence alors à se transformer en texture. C’est-à-dire que les lignes disparaissent au fur et à mesure et se transforment en trame. On devine encore le design, mais à la fin cela devient du « bruit graphique ».

Gravure au plotter sur papier Chromolux (50 x 70 cm – 2017) : usure du papier avec la lame pour tracer le motif.

 

Détail de texture : on remarque que le design évolue peu à peu vers l’effet de vibration tant recherché par Lx.one.

 

Lx.one aime jouer avec notre vue : autre détail de création sur papier où le papier semble littéralement « vibrer ».

 

CP : Vous proposez aussi une variante de ce travail avec une lame qui use le papier. Enlever de la matière au lieu d’en ajouter.

Lx.one : En effet, à la place du feutre dans le plotter, je mets une lame qui va devenir un outil d’usure du papier (épais et enduit d’une pellicule) et de découpe en surface. Au lieu de tracer, la machine retire peu à peu de la matière. Avec ce processus d’usure, certains papiers peuvent passer 8 à 10 h dans le plotter ; la durée du passage créant des effets de profondeur différents. Cette étape terminée, je peux encore, à la main cette fois-ci, faire évoluer le papier : le froisser, le plier, enlever des petits bouts. Je teste vraiment les limites de la machine et du papier.

 

CP : Et même après toutes ces étapes, il vous arrive d’aller encore plus loin dans les limites du papier, n’est-ce pas ?

Lx.one : Oui, pour certaines créations, l’étape supplémentaire consiste en un découpage par endroits et des pliages pour créer du volume et laisser passer la lumière.

Série « CutandFold », dessin automatisé, découpé et plié (50 x 65 cm – 2017) : le volume et la lumière en plus des vibrations.

 

CP : Quel est l’effet recherché ?

Lx.one : Ce serait impossible de reproduire un tel travail à la main et l’exercice est justement de détourner la machine de son usage primaire. J’aime associer le côté robotique du plotter et une certain part aléatoire. De quelque chose de très digital et très froid, on crée des effets de texture qui n’ont plus rien à voir avec des tracés provenant d’un ordinateur. On perçoit toujours les rigueurs du dessin originel, mais c’est la sensation optique et la vibration qui m’importent le plus. Dans le cas des réalisations gravées en profondeur ou pliées et découpées, on fait intervenir la lumière, ce qui donne un effet encore très différent. On rejoint alors l’art cinétique : quand on bouge, on voit l’oeuvre évoluer au fur et à mesure de l’ombre et de la lumière qui se positionnent.

 

CP : Comment est intervenu le papier dans votre travail ?

Lx.one : J’ai toujours travaillé avec le bois, le carton et le papier qui retracent un cycle éco-citoyen. Depuis 2008, je ramasse du carton dans la rue et j’en fais des collages. En parallèle, je travaille sur le bois avec une machine CNC qui retire de la matière. Le but est de déconstruire, grignoter, user le support afin de recréer des trames et des effets de vibrations. Le papier est la naturelle continuité du carton et du bois et offre une multitude de possibilités de grains. Il est en plus pratique à transporter dans mes voyages et à exposer.

 

CP : Parmi les papiers Antalis, quel est celui que vous pratiquez le plus ?

Lx.one : J’aime beaucoup la gamme Arches qui offre un grain intéressant pour mes réalisations au plotter.

 

Au cœur de la vibration

 

Si Lx.one aime à « creuser » le papier jusqu’à ses entrailles les plus profondes, c’est pour révéler tout son potentiel émotionnel. Il nous parle un peu plus en détail de l’origine et de son attirance pour ce qu’il nomme la vibration.

 

CP : Quelles sont vos influences ?

AB : M. C. Escher, Victor Vasarely, Sol LeWitt, Frank Stella, Theo van Doesburg… sont autant d’artistes qui ont façonné mon parcours. Également, je sus très sensible à la culture japonaise et à la manière que cette culture a d’aborder l’intervention dans l’espace, avec une touche de zénitude que l’on retrouve dans les jardins. On retrouve cette influence dans mes réalisations sur le sable tracées au râteau et répertoriées par date, durée, kilométrage.

 

En vidéo, démonstration de l’œuvre Sand print en train d’être tracée sur le sable.

« Sand print » ou comment Lx.one fait du sable sur une plage le terrain de jeu de lignes éphémères.

 

CP : Pourquoi la vibration ?

AB : Mes influences font que je suis très attiré par tout ce qui fait vibrer la vue. Ce qui me passionne c’est l’enchaînement de la captation par l’œil, la retranscription sur un ordinateur et la ré-interprétation par des machines re-transformant cela en quelque chose d’analogique. Tout cela est soumis à de l’interprétation, des erreurs qui créent ces effets d’optique. Ce sont ces erreurs d’interprétation du cerveau qui font que les objets vibrent. Ce que l’on nomme l’effet cinétique crée du mouvement autour d’une œuvre et fait qu’elle n’est pas figée.

 

CP : Vous réalisez souvent des interventions sur site. Comment procédez-vous ?

AB : Lorsque je me rends pour la première fois sur un site, il est pour moi primordial de s’adapter à l’environnement. Si l’on me demande quelque chose que l’on a vu dans mon travail, je n’applique jamais purement et simplement l’artwork sur le site. S’opère obligatoirement une interaction avec le lieu, c’est-à-dire un angle de vue où je vais pouvoir faire apparaître quelque chose, un rappel d’une texture ou d’un pattern que j’ai relevé dans l’environnement… C’est ce dialogue avec l’espace qui me plaît par dessus tout.

L’anamorphose de Lx.one pour XV Classes, en 2015, dans les anciens locaux de l’école St-Joseph de St-Jean-de-Luz.

 

L’actualité de Lx.one

 

  • Avec le Group Show, exposition dans le cadre de Open walls

galerie Zimmerling & Jungfleisch à Saarbrucken (Allemagne)

du 26/08/2017 au 25/11/2017

 

organisé par la galerie Zimmerling & Jungfleisch à Londres

du 27/09/2017 au 02/10/2017

 

Suivez son compte Instagram pour connaître ses dernières réalisations : @lx1one

 

Retrouvez une autre façon de retirer de la matière sur le papier avec la relieuse Julie Auzillon travaillant sur la gamme Curious Matter, un autre type de support répondant très bien à cette démarche d’usure. Si vous aussi vous avez une démarche atypique avec le papier de création, n’hésitez pas à nous contacter pour prendre conseil auprès de nos experts ! #justaskantalis !

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