Livre d’artiste : la forme du livre, mais un monde de papier

Le livre d’artiste a des contours assez difficiles à délimiter et pourtant, on emploie souvent cette expression pour désigner des livres qui ont été réalisés selon un procédé non pas éditorial classique, mais artistique. En clair, il s’agit d’œuvres d’art qui adoptent la forme ou l’esprit d’un livre. On identifie l’objet comme un livre, mais on constate que l’on ne peut pas le lire, seulement l’interpréter à travers ce que l’artiste a voulu transmettre.

Brève histoire du livre d’artiste

Le livre d’artiste (parfois assimilé au livre objet) apparaît dans les années 1960, notamment avec Marcel Broodthaers et son Pense-bête (recueil de poèmes emprisonné dans un socle rendant la lecture impossible). À cette époque, on cherche à désacraliser l’art et le livre d’artiste est alors vu comme le moyen de « mettre l’écrit au service de la pratique artistique, inventant, pour ce faire, de nouvelles formes du livre […] » (Anne Moeglin-Delcroix dans l’ouvrage de référence sur le sujet : Livres d’artistes). Ainsi, ce type d’œuvre pourrait se caractériser de la manière suivante :
• Il ne comporte aucun mot ou bien des mots qui ne forment pas un sens d’un point de vue linguistique.
• Il s’agit d’objets qui nous résistent : on les considère visuellement comme des livres, mais ils n’en sont pas vraiment et ne s’ouvrent pas à notre compréhension si facilement.
• Leur technique d’impression n’est pas normée, mais elle relève plutôt de la gravure, de la lithographie et de la sérigraphie qui servent le geste du créateur.

Finalement, comme le fait remarquer Michel Butor, on revient à la tradition des ouvrages du Moyen Âge, richement illustrés, que l’on admirait pour la beauté de leur reliure et de leurs enluminures.

Ce que le livre d’artiste nous dit sur le papier

Dans le livre d’artiste, le papier peut être feuilleté ou bien est figé (livre objet). Beaucoup peuvent être ouverts, parcourus comme un livre classique, rendant le trouble chez le lecteur encore plus prégnant. Mais la similitude s’arrête là, car le papier ainsi présenté est travaillé de bien des manières :
• Pages découpées, entaillées, trouées, pliées… Le papier est très transformé, peut parfois s’apparenter à du pop up.
• Pages enrichies de collages, de superposition d’éléments divers. Le papier se densifie, sa matière change, comme on a pu le voir dans certaines œuvres d’Anselm Kiefer.
• Pages simplement peintes, dessinées, lithographiées… Le papier ne gagne ni en volume, ni en épaisseur. Il est très proche visuellement d’un livre classique. Simplement, il peut être l’œuvre d’un artiste (genre du livre de peintre souvent pratiqué par les grands noms du genre au XXe siècle). On remarque alors qu’un type de support et un type de technique sont particulièrement appréciés :
◦ le leporello (livre dont les pages sont pliées et collées de manière à former un accordéon) comme support permet de jongler entre l’effet de page et l’effet de frise continue ;
◦ la lithographie : cette technique d’impression permet un très bon résultat dans la reproduction d’œuvres artistiques.

Ne sont présentées ici que certains aspects du livre d’artiste, car cette forme est en mouvement perpétuel. Et la présence du numérique dans nos sociétés pousse également à le réinventer. Follement créatif, le livre d’artiste invite à reconsidérer le livre et le papier sous des angles nouveaux. Car si chaque livre est un monde à lui seul, le livre d’artiste offre la possibilité de créer votre propre univers de papier créatif.

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