L’exposition d’Anselm Kiefer (BNF) : le papier suggéré

Sur le site François Mitterrand de la Bibliothèque Nationale de France est proposée une exposition intimiste sur les livres d’artiste d’Anselm Kiefer, L’Alchimie du livre. Lui qui utilise tout sauf du papier pour ses œuvres rend pourtant un vibrant hommage au livre et à son support de prédilection. Un papier absent, mais suggéré. Serait-ce là la créativité ultime, rendant présent l’invisible ? Il s’agit en tout cas d’une belle manière de repenser aux infinies capacités d’inspiration du papier.

Le papier chez Anselm Kiefer : une « impression »

Présentation de l’exposition

C’est dans une salle unique, à taille humaine et recréant une certaine intimité que l’on fait connaissance avec les Livres d’Anselm Kiefer, dont il s’agit de la première rétrospective. Une vraie rencontre. On entre tout de suite dans la « bibliothèque » reconstituée par l’artiste lui-même. Mais que l’on ne se méprenne pas, tout ici n’est qu’impressions et sensations :

  • Les Livres n’en sont pas au sens conventionnel.
  • Il s’agit en réalité de livres d’artiste (œuvres d’art imitant, dans la forme ou l’esprit, un livre) :
    • Ces livres ne se lisent pas à la manière classique: aucun texte, aucun mot ; la lecture ne peut être que poétique, visuelle, symbolique.
    • Ces livres ne sont pas faits de papier, mais de plomb, de plâtre, d’argile, de cheveux, de sable, etc.

Dans le texte qui sert d’exergue à l’exposition, Anselm Kiefer décrit « son » livre ainsi : « Il est un répertoire de formes et une manière de matérialiser le temps qui passe. Pour moi, chaque livre recèle une onde qui se déploie, formant une vague que je donne à voir lorsque je tourne les pages ou que je les mets en scène. […] Certains sont de véritables sculptures, plus grands que la taille humaine, ouverts mais impossibles à feuilleter. » Malgré cette impossibilité d’être des livres, ses œuvres parviennent pourtant à nous transmettre une impression, celle d’entrer dans leur histoire et leur matière.

Une « impression » de papier

Au cours de la visite de l’exposition, un phénomène presque magique se produit : l’esprit comprend qu’il n’a pas affaire à du papier et pourtant, il en a comme l’impression. Le papier est partout dans les œuvres de Kiefer. Il ne s’agit que de cela et en même temps de bien plus : de papier créatif, de la création de papier. Pour réussir ce tour de poésie artistique, l’artiste fait appel aux codes du livre :

  • sa forme rectangulaire ;
  • ses pages parfois ondulées ou cornées ;
  • ses coutures ;
  • sa reliure.

Puis, parfois à partir d’un support en carton, il y ajoute de la matière :

  • plâtre ;
  • plomb ;
  • argile ;
  • sable ;
  • cheveux, etc.

Désormais, l’illusion est parfaite et le spectateur se laisse surprendre à lire en ces œuvres bien plus qu’il ne l’aurait imaginé. À l’image des superbes photographies de Nicolas Taffin dans l’ouvrage Livres, de Michel Melot (Éditions Jean-Claude Béhar, 2006), on entre dans l’intimité d’une certaine idée du livre et du papier.

La matière au service d’une illusion de papier

Les Livres d’Anselm Kiefer offrent une belle opportunité de renouveler son rapport au papier et à la création. Notamment, certaines de ses séries semblent engendrer de nouvelles sortes de papier de création, avec un supplément d’âme et de chair. Elles ont comme base du carton qui est enrichi de couches d’autres matériaux :

  • Le papier écorce : dans la série Aperiatur terra (2006) et l’œuvre L’Écorce du monde (1999), la page devient comme ces terres arides qui se craquellent ou se transforme en peau d’arbre centenaire. Sous les épaisseurs d’argile, de plâtre, d’alumine… le carton vit et s’exprime. Une densité s’instaure.
  • Le papier qui a un grain : plusieurs aquarelles sur carton enduit de plâtre acquièrent un « grain » grâce à du sable ou de la cendre. L’impression d’avoir affaire à un papier créatif, au grammage dense, est alors surprenante.
  • Le papier miroir : tels les papiers métalliques, l’artiste utilise également des feuilles d’argent sur ses pages qui captent la lumière et semblent renvoyer le spectateur à sa propre histoire.

Et si Anselm Kiefer nous donnait une leçon sur le papier ? Grâce à ses imitations de livres, aussi réalistes que les plus beaux des papiers créatifs, il nous rappelle ce qu’est l’inspiration et l’importance de se réinventer sans cesse.

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Toutes les informations pratiques sur l’exposition L’Alchimie du livre – Anselm Kiefer :

Bibliothèque Nationale de France – site François Mitterrand

Jusqu’au 7 février 2016

Du mardi au samedi de 10 h à 19 h
Le dimanche de 13 h à 19 h (fermeture des caisses à 18h)
Fermeture le lundi et les jours fériés

Tarif plein : 9 € (billet couplé 2 expositions : 11 €)
Tarif réduit : 7 € (billet couplé 2 expositions : 9 €)

Gratuité : se renseigner sur le site de la BNF

En parallèle, une autre exposition sur Anselm Kiefer se déroule au Centre Pompidou, jusqu’au 18 avril 2016. Tous les renseignements ici

 

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