Artistes du papier #1 : Julie Auzillon et ses délicates reliures en papier Antalis

Julie Auzillon, jeune relieuse de création, nous a accueillis dans son atelier pour nous présenter ses créations, notamment une délicate collection de papeterie utilisant exclusivement du papier Antalis. Comment résumer en quelques mots ses réalisations ? Comme un subtil équilibre entre une technique de reliure maîtrisée et une créativité pétillante, tout en finesse. Toujours en éveil, l’esprit ouvert à ce qui l’entoure, Julie Auzillon a opté pour la simplicité, cette évidence de l’épure qui qualifie les plus belles œuvres. Rencontre avec cette créatrice qui réinvente la reliure, avec sincérité, sensibilité et bonne humeur.

Julie Auzillon : son chemin vers la reliure et le papier de création

 

L'atelier de Julie Auzillon (Paris - 19e arr.) et ses feuilles de papier fabriquées main sur le thème de l'onde.
L’atelier de Julie Auzillon (Paris – 19e arr.) et ses feuilles de papier fabriquées main sur le thème de l’onde.

Julie Auzillon, passée par une école d’art appliqué prestigieuse, a ensuite su intégrer, puis s’affranchir de sa formation pour créer sa propre vision de la reliure.

Creative Power : Quel parcours vous a amenée jusqu’à la reliure de création ?

Julie Auzillon : Au lycée, j’étais dans la filière Arts plastiques et l’on me disait souvent que « je réfléchissais trop ». C’est peut-être pour cela que je me suis orientée vers les arts appliqués. Mon intention au départ était de faire de l’illustration ; je suis donc entrée à l’École Estienne, spécialisée dans les arts du livre. Puis, en découvrant tous les ateliers, j’ai eu un coup de cœur pour la reliure de création qui inclut l’aspect technique aussi bien que l’aspect artistique (créer un décor ou une structure). En sortant de cette formation, je savais que je ne voulais pas intégrer un atelier de reliure traditionnelle. J’ai alors travaillé à la bibliothèque jeunesse Faidherbe où j’ai pu me nourrir des livres, notamment du fonds de livres d’artistes, tout en travaillant à côté sur mes projets de reliure créative.

Pour en savoir plus sur le livre d’artiste, lisez notre article dédié.

CP : On imagine que cet univers de la bibliothèque vous a nourrie. Plus précisément, comment s’est développé votre goût de la reliure, du livre, du papier ?

JA : En effet, c’est à ce moment-là qu’est apparu mon intérêt pour le papier. Dans la reliure traditionnelle, on utilise du cuir, un matériau solide et onéreux pour la jeune femme que j’étais à l’époque. J’ai donc décidé de réaliser des reliures avec du papier. Par la suite, j’ai eu l’occasion de travailler pour la papeterie Calligrane, à Paris, une merveilleuse boutique qui fourmille de papiers du monde entier. J’ai commencé à réaliser des carnets pour eux. Ce sont à chaque fois des rencontres, des petites choses qui se font un peu par hasard et qui nourrissent. Mon chemin s’est construit de cette façon.

CP : Depuis combien de temps avez-vous votre atelier ?

JA : J’ai ouvert mon atelier dans le 19arrondissement de Paris en 2013. J’avais alors 10 ans d’expérience, plusieurs clients réguliers, un site web bien fourni… Je travaillais beaucoup sur commande, sur des projets d’autres artistes ou pour des boutiques. Maintenant, je réalise mes propres collections de carnets, livres d’artistes, reliures de création…

Julie Auzillon : une papeterie maîtrisée et délicate

La collection de papeterie, que Julie Auzillon propose aujourd’hui dans sa boutique parisienne et son e-shop, allie avec justesse une technique classique et un désir d’être créatif.

Le juste dosage entre technique et inventivité

CP : Comment avez-vous insufflé l’aspect créatif dans votre pratique de la reliure ?

JA : Quand on parle de reliure, on pense tout de suite à un artisanat traditionnel, mais on connaît peu l’aspect artistique de la discipline. Quand j’ai décidé de réaliser mes propres carnets, il y avait donc cette volonté de faire connaître cette  facette de la reliure, avec une esthétique personnelle, en n’utilisant pas n’importe quel papier, en créant mes propres motifs, voire en fabriquant moi-même mon papier. Pour cela, j’ai suivi une formation auprès de Jean-Michel Letellier, une référence dans le domaine. On travaille dans l’eau, on voit ce que cela donne, on maîtrise moins la matière. C’est de la création pure, de l’expérimentation dans un temps donné. Cela venait compléter la reliure qui, elle, est très technique, nécessite une longue réflexion au préalable. Avec la fabrication du papier, je cherchais à créer mes motifs directement dans la fibre. Laisser ma marque.

CP : Pouvez-vous nous parler de la genèse de votre collection de papeterie qui utilise en intégralité des papiers Antalis ?

JA : J’ai eu l’opportunité de créer cette collection de carnets grâce à la bourse de la Fondation Banque Populaire que j’ai décrochée en 2015 et à nouveau en 2016. Mon projet était de créer des collections de carnets reliés, mêlant techniques de reliure et techniques graphiques. C’est ainsi que j’ai remporté le prix de la Jeune Création Métiers d’Art d’Ateliers d’Art de France, en 2015, grâce à une collection inspirée du Japon. J’ai repris le motif traditionnel japonais « asanoha », qui à l’origine symbolise la feuille d’érable. Je me le suis approprié en le retravaillant avec des lignes et des aplats et en le déstructurant, en collaboration avec une graphiste. Et, en effet, les papiers employés sont les Curious pour les couvertures et le Brut de Centaure pour les intérieurs.

CP : Sur certains de vos carnets, vous avez opéré une découpe particulière pour obtenir des contrastes dans vos motifs, que l’on peut percevoir par la vue et le toucher. Comment avez-vous procédé ?

JA : J’ai réalisé une fine découpe de la première épaisseur du papier que j’enlève à l’aide d’une aiguille. J’obtiens alors un contraste de couleur et de texture au sein même du papier, ce qui crée le motif. Pour cela, j’avais besoin de papiers assez épais et permettant cette manipulation. Or, les Curious Matter et Curious Skin de chez Antalis se sont révélés très adaptés à ce type de pratique. Dans ces gammes, il y a à la fois les couleurs et les sensations au toucher. Je suis donc allée plusieurs fois au Brainstore de Paris pour récupérer des échantillons et effectuer des tests. Le type de papier et le grammage suffisamment épais ont été des critères de sélection importants dans ma démarche. J’ai ainsi pu créer des gammes harmonieuses grâce à la diversité de couleurs proposées.

CP : Quelle était votre idée derrière cette technique à l’aiguille ?

JA : Je m’en suis rendu compte après coup, mais mon idée, dans cette collection, a été de tout simplifier, d’épurer. On crée plutôt en ajoutant, mais moi j’ai voulu créer par l’absence. C’est ainsi que j’ai enlevé de la matière en pratiquant cette technique de fine découpe de la première couche du papier. Mais cela a été également le cas pour la reliure (technique très simple de couture sur ruban) en décidant, non pas de la cacher comme c’est l’usage en reliure traditionnelle, mais plutôt de la montrer et d’en faire un atout.

Découpe à l'aiguille : d'autres textures et couleurs révélées sur Curious Matter et Curious Skin.
Découpe à l’aiguille : d’autres textures et couleurs révélées sur Curious Matter et Curious Skin.

CP : Une autre série de carnets est décorée de marquage à chaud. Comment avez-vous procédé ?

JA : En effet, il s’agit de couvertures utilisant toujours le papier Curious Matter, en blanc et en noir, qui a la propriété de très bien réagir au marquage à chaud et d’avoir un toucher très surprenant. Dans cette série, j’ai eu envie de rester sur le noir et le blanc, ponctués de marquages à chaud dans les tons doré, argenté et cuivré. D’habitude, en reliure, on marque à chaud le titre sur la couverture de cuir. Je fais donc ici référence à cette technique, mais en la détournant légèrement. Pour cela, une graphiste m’a aidée à réaliser le motif  que voulais être comme un paysage, s’étendant de part et d’autre de la couverture du carnet. Puis, j’ai fait appel à un spécialiste pour le marquage à chaud.

La plaque réalisée pour le marquage à chaud de ces carnets aux motifs japonisants.
La plaque réalisée pour le marquage à chaud de ces carnets aux motifs japonisants.

Suivez la réalisation des carnets de Julie Auzillon dans son atelier en visionnant cette vidéo.

Un vrai goût pour le papier de création Antalis

CP : Vous semblez beaucoup apprécier travailler avec les papiers Antalis. Que cherchez-vous en priorité lorsque vous choisissez un papier ?

JA : Les papiers à textures ainsi que les couleurs assez marquantes m’intéressent beaucoup. C’est d’abord la texture et la couleur qui vont m’attirer. Également, dans mon domaine, le grammage est important. Or, je retrouve tout cela dans les gammes d’Antalis.

CP : Pouvez-vous nous raconter comment vous avez découvert Antalis et ses gammes ?

JA : Le Brainstore de Paris était proche de l’École Estienne où j’ai fait ma formation. Et c’est naturellement, grâce à la proximité de ce showroom, que je me suis familiarisée avec leurs gammes de papiers. Et le fait qu’un minimum de commande très bas soit possible est un véritable atout pour accéder très facilement au papier de création.

Julie Auzillon, sa philosophie du papier

Plus que de simples carnets, les réalisations de Julie Auzillon représentent de petits univers symboliques derrière lesquels se cache une vraie philosophie du papier.

CP : Comment définiriez-vous vos carnets ?

JA : Beaucoup de personnes offrent ces carnets en cadeau. Pour moi, ils sont à la fois esthétiques, à poser comme des sculptures, mais aussi à utiliser pour des moments particuliers. Ce sont forcément des objets ambigus et c’est ce qui me plaît. L’objet et la qualité du savoir-faire et de la création priment avant tout. Ce que je cherche, c’est mettre en valeur cette reliure créative. Également, j’aime beaucoup l’idée, inspirée de la culture japonaise, qu’entre l’artisan qui réalise l’objet et la personne qui l’achète se tisse un lien particulier qui perdure, comme un cadeau que fait l’artisan. J’offre un espace de liberté (les pages sont blanches, sans ligne). Je transmets.

CP : On sent chez vous une grande envie d’explorer ?

JA : Je suis toujours en recherche. J’aime montrer la diversité, tout ce que l’on peut créer, les trouvailles que j’ai faites. Je fais beaucoup de choses intuitivement. Mais je m’inspire également de voyages comme celui que j’ai fait récemment au Japon, où j’ai eu l’honneur d’avoir une démonstration d’impression traditionnelle de Karakami, par l’artiste Ko Kado.

CP : Quels sont vos prochains projets inspirants ?

JA : J’ai appris que j’avais été choisie pour recevoir une bourse de recherche en reliure de création, décernée par le Musée de Mariemont, en Belgique. Je vais donc pouvoir me consacrer pendant 16 mois à développer une technique de reliure, un « plat rapporté sur pli » que j’ai créé, toujours avec du Curious Matter. J’aime beaucoup travailler sur le pli et celui-ci intervient bcp dans la structure de ce projet, aussi bien sur un plan technique qu’esthétique. L’idée est de développer cette technique, imaginée à l’origine pour le vieux cahier de recettes de ma grand-mère, et de tester différents matériaux, créer des variantes selon le type de livre relié… À la fin, les éditions belges Esperluète publieront un petit ouvrage sur le projet de recherche, sorte de petit manuel pratique.

Reliure « plat rapporté sur pli » : sujet d'étude pour la bourse de recherche du Musée de Mariemont (Belgique).
Reliure « plat rapporté sur pli » : sujet d’étude pour la bourse de recherche du Musée de Mariemont (Belgique).

Retrouvez les carnets de Julie Auzillon dans une exposition sur le thème de la couleur jaune aux Ateliers de Paris, du 3 septembre au 3 décembre 2016. Plus d’informations en cliquant ici.

Creative Power profite de l’été pour vous concocter d’autres portraits d’artistes du papier, chacun au style unique, mais dont le point commun est le talent. À suivre ! En attendant, découvrez notre articles dédiés à l’exposition #Papier ou à l’exposition Architectures de papier d’Anglet, deux événements qui se sont tenus au début 2016. Une vraie source d’inspiration ! #justaskantalis !

 

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