Dans la bibliothèque à rêves d’Hélène Druvert


Face à l’océan atlantique, au bord de la côte basque sauvage, Hélène Druvert, jeune femme et maman qui navigue entre Paris et St-Jean-de-Luz, nous accueille avec son énergie communicative pour partager son monde de papier. Grâce à la dentelle de papier dont elle a fait sa marque de fabrique, elle touche à tous les domaines en instillant à chaque fois la douce et lumineuse poésie qu’elle porte en elle. Nous nous sommes arrêtés surtout sur ses merveilles de livres découpés qui invitent au rêve. De superbe objets bien vivants où le choix du papier, l’équilibre entre les forces et les faiblesses de ce support, son potentiel poétique sont sans cesse en balancier. Au final, ce sont de belles évidences qui nous sont offertes au regard. La preuve, une fois encore, que le papier associé à un esprit imaginatif n’a pas de limite.

 

De la découpe à la bibliothèque à rêves d’Hélène Druvert

 

La rencontre d’Hélène Druvert avec le papier s’est faite à un moment où elle avait besoin de revenir à un support facile d’accès et simple. Et comme une évidence, ce fut un coup de foudre ! Pour autant, la jeune femme au parcours éclectique n’a de cesse de vouloir conserver une activité touche-à-tout, sans cadre, sauf celui de la minutie et de la patience que requièrent ses dentelles de papier.

 

Creative Power : Pouvez-vous tracer pour nous votre parcours en quelques mots ?

Hélène Druvert : J’ai réalisé des études de design textile à l’École Duperré (Paris) où l’on développe beaucoup la créativité et les passerelles entre les différents domaines. Dès la sortie de ma formation en 2005, je me suis mise à mon compte et j’ai débuté en travaillant chez un tisseur basque, puis dans la mode enfantine.

 

CP : Comment êtes-vous arrivée au papier ?

HD : À mes débuts, j’ai reçu une commande de vitrines pour une boutique parisienne. Habitant à l’époque à la capitale, dans un petit espace et disposant de peu de moyens, le papier s’est présenté comme le moyen idéal de créer de belles choses simplement. C’est ainsi que j’ai débuté le découpage. Une nuit où je travaillais à mon bureau, la lampe qui m’éclairait a projeté les ombres des papiers que je découpais. J’ai eu comme un déclic ! Je me souviens d’ailleurs avoir pris une photo comme pour immortaliser l’instant. J’ai compris qu’il y avait quelque chose à développer avec cette ombre projetée. L’idée des « lampes à rêves » était née ! De ces objets poétiques qui plaisaient beaucoup, j’ai évolué vers les « ombres à rêves » : des panneaux de papier découpé accrochés au mur, mais avec un léger décalage avec celui-ci afin de créer des ombres et donc une sorte de volume. J’avais trouvé mon univers.

Ombre à rêves sur le thème de Paris, Hélène Duvert.

 

Exemple de lampe à rêves créé par Hélène Druvert, jouant entre papier et lumière.

 

CP : Quel a été le déclic qui vous a permis de faire connaître votre travail ?

HD : Au début, je faisais tout à l’exacto, de manière très artisanale et comme un projet personnel. Puis, j’ai rencontré un découpeur laser, MH Éditions, qui a voulu travailler avec moi. On a ainsi développé des projets ensemble et il m’a fait découvrir Antalis qui était son fournisseur de papiers et notamment la gamme Curious qu’il affectionne particulièrement. En 2013, j’ai ainsi pu porter mon activité de papier découpé à un niveau plus professionnel grâce à lui. Parallèlement, j’ai été retenue pour réaliser la scénographie de la boutique de la Cinémathèque française, à l’occasion de la rétrospective Le Monde enchanté de Jacques Demy. La scénographe de l’exposition, qui avait acheté une lampe à rêves, voulait que je produise des ombres à rêves à partir de l’œuvre de Peau d’âne. Mes réalisations ont suscité un tel engouement que la Cinémathèque m’a commandé des ombres à rêve à vendre dans leur boutique ! Visitée par un très grand nombre de personnes, cette exposition a été un véritable tremplin auprès des marques et des éditeurs de livres qui m’ont ainsi repérée et contactée (Gautier-Languereau, La Martinière jeunesse…).

 

À la découverte des fabuleux livres d’Hélène Druvert

 

Le travail d’Hélène Druvert est guidé par son univers, mais est transversal. Toutefois, sa rencontre avec l’édition a été une sorte de révélation. L’occasion pour Creative Power de se plonger dans ce domaine où le papier se plie en quatre pour créer des histoires et où la fabrication ne laisse aucune place à l’improvisation. Plongée dans la bibliothèque de cette artiste qui ne cesse de s’étendre !

 

CP : Quel a été votre premier livre ?

HD : Paris s’envole chez Gautier-Languereau. Cet éditeur m’a proposé de réaliser aussi bien l’illustration que l’histoire. Ce premier album, réalisé en 2D en noir et blanc avec des intercalaires, rencontre encore du succès et a été traduit en anglais et coréen.

 

Extrait de l’album Paris s’envole jouant sur les contrastes de noir et blanc et les découpes de papier.

 

Vue de Paris s’envole : on voit très bien l’effet de la découpe lorsqu’on joue avec la lumière d’une lampe.

 

CP : Vous avez pris goût à la création de livres. Quels ont été ensuite vos autres albums ?

HD : Toujours chez Gautier-Languereau, j’ai créé d’autres livres sur les thèmes de Peau d’âne et de Mary Poppins (à partir des tomes les moins connus en France et qui parlent de la découverte de Londres). Puis, chez La Martinière jeunesse, j’ai conçu surtout des livres documentaires dont Anatomie en 2016.

Jeux d’ombre du papier dans l’album Mary Poppins d’Hélène Druvert.

 

CP : Pouvez-vous nous parler plus en détail de l’album Anatomie ?

HD : Ce fut un long projet, réalisé avec mon père qui est médecin et m’a aidée sur les textes. Il n’existait pas de beaux livres d’anatomie pour enfant. Or, cet album permet de découvrir la machinerie incroyable du corps humain. Pour me documenter, je me suis inspirée des planches anatomiques du XIXe siècle qui proposaient déjà des systèmes de fenêtres que l’on ouvre. Je suis très heureuse que ce soit ce livre-là qui marche le mieux et qui est en cours de traduction en 8 langues !

Anatomie par Hélène Druvert : dernier album de la créatrice qui dévoile les rouages du corps humain par un jeu de superpositions et de clapets.

 

Admirez l’ingénieux système de papiers en dentelle qui permettent d’observer les vaisseaux, l’ossature, les organes…

 

Détail de l’un des « flaps » permettant de cacher/dévoiler les différentes parties du corps humain.

 

« Working in progress » : technique de découpe utilisée par Hélène Druvert pour réaliser ses planches.

 

 

CP : Qu’est-ce qui vous plaît particulièrement dans la réalisation de livres ?

HD : C’est très plaisant de participer à la création d’un livre, car c’est et cela reste un bel objet qui raconte quelque chose et qui se transmet facilement. Ma plus belle récompense est de voir sur Instagram des photos d’enfants qui lisent mes livres avec une petite lampe de poche pour créer des ombres. Je tiens à ce que les enfants touchent à ces livres même s’ils sont fragiles. À mes yeux, cela leur apprend la délicatesse.

 

 

CP : Comment s’opère le choix du papier dans vos projets ?

HD : J’ai la chance de travailler avec des éditeurs qui possèdent le souci d’une belle fabrication. Et je sais qu’ils font attention au papier qu’ils choisissent. Pour la découpe laser, si l’on ne choisit pas le bon papier, celui-ci va être brûlé. Le Curious se tient très bien à la découpe laser. J’ai eu l’occasion de le tester avec des lampes sur Curious noir. Quant au Pop’Set, teinté dans la masse, il est idéal pour les créations de vitrine, comme en 2016, où j’ai en conçu une pour la galerie Artazart.

 

CP : Comment avez-vous travaillé avec l’éditeur pour réaliser un livre comme Anatomie ?

HD : J’ai commencé en créant des prototypes à l’exacto. Puis, il a fallu construire le chemin de fer, un long processus afin de définir la hiérarchie de lecture. J’ai également été amenée à fournir les tracés sur Illustrator, que j’avais précédemment dessinés sur ordinateur car j’aime ces petites imperfections obtenues par le dessin. J’ai travaillé étroitement avec le service fabrication. Enfin, le rôle du fabricant chinois a également été important, permettant de valider les systèmes de flap, fenêtres… Mais jusqu’au bout, le suspense a été total car nous n’avons jamais eu un exemplaire totalement fini avant la parution.

 

CP : Le papier est réellement au cœur de votre univers.

HD : Au début de mon activité, je cherchais vraiment mon mode d’expression et quand j’ai découvert le papier, je me suis dit : « J’ai trouvé ma voie. » J’y ai puisé un moyen de m’exprimer, où je suis à l’aise. J’aime aussi ce côté détaillé du papier, la minutie qu’il impose, la force et la faiblesse qu’il implique. Je continue donc à faire des livres, mais je tiens aussi à garder une diversité dans mes projets, aussi bien au niveau des supports que des domaines que j’explore. Dessins de torchons pour un tisseur basque, étiquettes de vin pour un vigneron californien, illustrations de packaging, dessins pour les vêtements d’enfants Jacadie… Dans la diversité, mon univers poétique m’accompagne toujours.

 

Toutes les réalisations passées et actuelles d’Hélène Druvert sont présentées sur son site : helenedruvert.net

 

 

Retrouvez la riche actualité d’Hélène Druvert pour la rentrée 2017 :

 

Parution de l’album New York melody (noir et blanc, dès 6 ans, Éditions Gautier-Languereau, en librairie le 2 novembre 2017, 19 €)

 

Exposition-vente du 19 au 24 décembre 2017

Espace Beaurepaire

28, rue Beaurepaire

75010 Paris

M° République

11h à 20h non-stop

 

Théâtre de papier réalisé sur Curious sur le thème de Peau d’âne.

 

Caravane de papier réalisé sur Pop’Set pour une vitrine.

 

Vitrine réalisée pour le pâtissier Lenôtre.

 

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