Artiste du papier #5 Ferri Garcès, l’appel du papier


Dans sa jolie maison-atelier de la banlieue parisienne, Ferri Garcès nous accueille très chaleureusement et nous ouvre son univers de papier. Entre délicatesse, finesse et précision, cette « miniaturiste dans l’âme », comme elle se décrit elle-même, a le papier dans son ADN. Avec elle, on réalise que le papier n’a jamais été mort. Présent partout pour peu que l’on sache regarder, il suffit d’un pli pour qu’il prenne vie sous nos yeux ébahis et immédiatement séduits. Les tableaux de Ferri Garcès apparaissent comme ces tapis de coraux ou de mousse des sous-bois : des concentrés du vivant. Rencontre avec une véritable artiste qui a succombé à l’appel vibrant du papier.

 

Ferri Garcès : « On vit dans le papier. »

 

En découvrant le parcours de Ferri Garcès, on a comme l’impression que le papier l’a trouvée. Le cheminement de sa vie vers cette matière semble être un pur hasard. Ou bien est-ce une évidence ? Sans cesse en quête de papier, elle donne aussi une leçon sur la manière de regarder autour de soi, même ce qui, comme le papier, est là depuis si longtemps qu’on l’a presque oublié. « On vit dans le papier » nous dit-elle et l’on pourrait ajouter que « le papier vit en nous ».

 

Creative Power : Pouvez-vous nous présenter votre parcours en quelques mots ?

Ferri Garcès : Dès l’enfance, je dessinais beaucoup et ma mère m’a aussi transmis sa fibre créative à travers son goût pour les textiles et la couture. En outre, je viens d’un pays des tapis, l’Iran. Tout cela m’a considérablement influencée. Par ailleurs, ma formation universitaire est très générale puisque je possède une maîtrise d’Arts plastiques à Paris. Puis, j’ai dévié avec une formation en infographie, un domaine en plein essor quand j’ai débuté. En parallèle, j’aimais réaliser des miniatures persanes, une technique typique de mon pays d’origine. Après quelques années, je me suis tournée vers le textile, un secteur auquel je me suis formée de manière autonome et où j’ai travaillé comme designer textile.

 

CP : Comment êtes-vous arrivée au papier ?

FG : Avec une amie, nous avons décidé un jour d’ouvrir une boutique de décoration où l’on vendait des articles exotiques de décoration. Or, ces articles venus du monde entier étaient souvent emballés dans des papiers que je n’avais pas l’habitude de voir. Par exemple, les Thaïlandais enveloppaient leurs céladons dans du papier népalais. Grâce à mon réflexe de récupération, j’ai commencé à accumuler ces papiers. Un beau jour, j’ai commencé à les travailler. D’abord avec du papier laqué, j’ai tenté de reproduire les laques de Birmanie qui me fascinaient. Puis, mon style a évolué vers le volume, notamment à partir de feuilles d’annuaires téléphoniques. C’est ainsi que depuis 2000, je me consacre à plein temps à mon travail du papier. Je réalise des expositions, des commandes (architectes, décorateurs, hôtel particulier…).

 

CP : Comment est venu votre style ?

FG : Je ne sais pas ! Je suis attachée à la matière et je pense que cela vient de mon envie de donner du volume, de manipuler. Pour trouver mon style, j’ai fait beaucoup de tests, de recherches.

 

CP : Quelle est la qualité principale que vous recherchez dans un papier ?

FG : Il ne faut pas qu’il soit fragile, car il doit résister à la manipulation.

 

CP : L’un de vos supports de prédilection est la page d’annuaire téléphonique. Continuez-vous toujours d’utiliser ce type de papier ou variez-vous ?

FG : J’aime beaucoup le papier de « bottin », comme on dit, mais je continue aussi à tester plusieurs papiers. En fait, cela change tout le temps. Je suis en perpétuelle quête de nouvelles matières. Je ne cherche pas forcément des papiers extraordinaires, ce peut être de simples post-it !

 

CP : Votre collecte de papiers se fait-elle au hasard ou dans le cadre d’une recherche ?

FG : Je vais bien sûr voir des fournisseurs de papier artisanal et possède une vraie démarche de recherche. Mais étant toujours en éveil, le quotidien m’apporte également des trouvailles. Il m’est arrivé de tester l’emballage du pain de mon boulanger ! Sa couleur, sa matière, sa consistance sont intéressantes. Lorsque j’ai trouvé le papier, ma matière première, j’ai déjà effectué la moitié du travail. Puis, le type de papier amène à une forme, je teste encore et encore.

 

CP : Vous êtes donc toujours à l’affût du papier, dans tout ce qui peut vous entourer.

FG : Absolument. Regardez le papier du chocolat sur cette table. Je le vois, l’observe, mais je sais déjà que cela ne fonctionnera pas car il est trop rigide. Un autre exemple est le papier d’emballage du sucre qui accompagne le café. J’ai déjà essayé de le travailler. Tout est prétexte à tester le papier !

 

Cocons, coraux… la nature réinventée par Ferri Garcès

 

Initialement, la plupart des tableaux de Ferri Garcès ne sont pas faits pour être accrochés au mur, mais posés. Toutefois, une fois aux murs dans le cadre d’expositions, ils nous aspirent, nous hypnotisent et, irrémédiablement, nous attirent vers leurs profondeurs et leur densité. Ces concentrés de culture, de matière sont directement inspirés de la nature.

 

La nature

 

CP : Je vois dans vos œuvres de petits cocons, des ambiances de coraux. Est-ce une image qui vous convient ?

FG : Oui, même si je ne mets pas forcément de mots précis dessus. J’ai beaucoup de mal à mettre des titres à mes œuvres. Mais cet aspect végétal me convient très bien, car la nature est une source d’inspiration première chez moi.

 

CP : Comment cette inspiration se manifeste-t-elle ?

FG : Je suis une miniaturiste dans l’âme car j’ai ce rapport au petit qui me suit depuis toujours. Ainsi, quand je vais dans la nature, je regarde les arbres, mais aussi les détails à leurs pieds. J’aime aussi regarder les documentaires sur la nature, les coraux des fonds marins. À travers cette attirance naturelle pour la vie, j’en viens au papier et j’essaie de reproduire ce que je vois. Parfois, cela s’éloigne beaucoup de ce que j’avais observé, mais c’est une inspiration et cela m’amène à quelque chose qui se situe dans le même esprit. Ce qui m’étonne toujours, c’est que ça se rejoigne.

 

CP : Pourquoi ce choix de la nature ?

FG : Je ne suis pas une démarche intellectuelle. Il s’agit plutôt d’une attirance esthétique. Finalement, je considère cela comme un heureux hasard : ces formes ressemblent à ce que j’aime.

 

Des tableaux

 

CP : Vos tableaux sont très denses. On n’y trouve aucun espace libre. Et cela donne presque envie de toucher la matière.

FG : Oui, j’aime remplir. Cela me vient comme ça !

 

CP : Et pourquoi des tableaux ?

FG : J’aime beaucoup le volume qui est en fait plutôt ici du demi-volume. C’est davantage l’envie de travailler le volume dans un tableau. C’est également un format plus facile à exposer, évitant ainsi que le papier ne s’abîme.

 

CP : Je vous vois travailler sur un tableau en cours. Un motif nid d’abeilles, alvéoles.

FG : Oui, c’est ma recherche du moment. Je ne veux pas dire le nom précis de l’insecte, car pour moi il n’y a pas d’insecte défini. Mais cela s’apparente en effet à des alvéoles que je suis en train de façonner, plier et coller. Je travaille souvent sur plusieurs œuvres en même temps, car il s’agit d’un processus long et je fourmille sans cesse d’idées que je teste en parallèle.

 

Du papier

 

CP : Pourquoi le papier vous a-t-il séduite plus que toute autre matière ?

FG : Parce que le papier est une matière, justement, qui est la plus courante. Or, pour une personne comme moi très sensible à cela, d’en avoir de différents types et toujours à portée de main est quelque chose de formidable. On vit dans le papier.

 

CP : Même à l’ère digitale, on trouve toujours le papier partout. C’est comme si le numérique faisait redécouvrir le papier, lui redonnait une valeur.

FG : Peut-être bien. Ou alors, c’est une nouvelle tendance. Quand j’ai commencé à créer avec du papier, Internet n’était pas aussi présent et pourtant beaucoup d’artistes travaillaient déjà le papier. Le papier a toujours séduit par son caractère simple, offrant une sorte de troisième voie, entre la peinture et la sculpture. Il est toujours présent, mais prend une autre présentation. Dans mes créations, par exemple, le bottin est là, mais on ne le voit plus. Il est réinventé.

 

CP : Vous êtes-vous intéressée aux techniques de fabrication du papier et ses différents types ?

FG : Je me renseigne sur les modes de fabrication, mais de là à fabriquer moi-même mes papiers, ce n’est pas quelque chose que je souhaite. C’est une autre démarche.

 

CP : Pouvez-vous évoquer pour nous vos prochains projets ?

FG : En ce moment, je fais beaucoup d’essais sur le thème de la transparence, le rapport avec la lumière. Dans un esprit très différent de mes tableaux.

 

CP : Pourquoi la lumière ?

FG : Parce qu’elle est magique ! Quand la lumière traverse un papier, cela crée un superbe effet. Quand en plus, le papier est plissé, plié, la magie est davantage présente. Mais tout dépend des papiers bien sûr.

 

Expositions de Ferri Garcès en 2017

 

Passion papier avec les artistes Jacquet, Shibata, Garcès

Galerie Atelier du Génie

28, passage du génie 75012 Paris

Du 19 janvier au 25 mars 2017

Toutes les informations pratiques ici.

 

À fleur d’atelier

Musée de la Vie romantique

16, rue Chaptal 75009 Paris

Du 25 avril au 8 octobre 2017

Plus d’informations, ici.

 

Festival du Lin et de la Fibre Artistique 2017

Chapelle Sainte Marguerite

76740 La Gaillarde

Du 7 au 9 juillet 2017

Pour en savoir plus, cliquez ici.

 

 

Retrouvez une autre passionnée de la matière avec notre interview de Sandrine Beaudun, l’intuition du papier qui célèbre le vivant ! #justaskantalis !

 

Envie que nous allions à la rencontre d’autres artistes dont vous admirez le travail ? Dites-le-nous en commentaire de cet article !

 

La Ruche (2016) : on voit dans ce détail la minutie du travail de Ferri Garcès.

 

Dahlias (2016), un tableau dense et vivant, typique de l’artiste.

 

Luna (2016), recherche de transparence et jeux de lumière.

 

Exemple d’élément, sorte de cocon.

1 commentaire sur “Artiste du papier #5 Ferri Garcès, l’appel du papier

  1. Bonjour je souhaiterai pouvoir suivre vos œuvres et lieu d’expositions
    Merci de m’inscrire sur votre liste
    Bien a vous
    Roland Gauthier

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